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    <title>73 HB9ERY QSL</title>
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    <description>Recent blog posts on 73 HB9ERY QSL</description>
    
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    <item>
      <title>hacker: un rapport au monde</title>
      <link>/posts/2600/</link>
      <pubDate>Wed, 23 Sep 2026 00:00:00 Z</pubDate>
      
      <author>jma@mbuf.net (jma)</author>

      
      
      
      

      <description>
       ## Comme disait @phk/FreeBSD: Do we still have fun &amp;amp;hellip;? Dans une boîte de Cap&amp;amp;rsquo;n Crunch, il y avait un sifflet. Ce jouet anodin a pourtant secoué le réseau téléphonique: oui un simple sifflement. Aujour&amp;amp;rsquo;hui, on se soucie de sujets comme: est-ce que le constructeur ou le fournisseur permet un jailbreak? 40 ans de culture hacker joyeuse, informelle, profondément politique, pour en arriver à une confiscation progressive.
# 2600 Hz: la tonalité fondatrice Ce fameux jouet populaire, distribué dans les paquets de céréales du petit déjeuner en 1963, produisait un son sur la fréquence de 2600 hertz. 2600 Hz: la fréquence, exploitée par AT&amp;amp;amp;T pour signaler une ligne longue distance prête et disponible.

      </description>
      <content:encoded>&lt;h1 id=&#34;comme-disait-phkfreebsd-do-we-still-have-fun-&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#comme-disait-phkfreebsd-do-we-still-have-fun-&#34;&gt;
        ##
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    Comme disait @phk/FreeBSD: Do we still have fun &amp;hellip;?
&lt;/div&gt;
&lt;/h1&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans une boîte de Cap&amp;rsquo;n Crunch, il y avait un sifflet.
Ce jouet anodin a pourtant secoué le réseau téléphonique: oui un simple sifflement.
Aujour&amp;rsquo;hui, on se soucie de sujets comme: est-ce que le constructeur ou le fournisseur permet un jailbreak?
40 ans de culture hacker joyeuse, informelle, profondément politique, pour en arriver à une confiscation progressive.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&#34;2600-hz-la-tonalité-fondatrice&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#2600-hz-la-tonalit%c3%a9-fondatrice&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    2600 Hz: la tonalité fondatrice
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce fameux jouet populaire, distribué dans les paquets de céréales du petit déjeuner en 1963,
produisait un son sur la fréquence de 2600 hertz.
2600 Hz: la fréquence, exploitée par AT&amp;amp;T pour signaler une ligne longue distance prête et disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soufflant dans ce jouet, on devenait assimilable à l&amp;rsquo;opérateur:
« mode opérateur », donc non pas celui d&amp;rsquo;un client, sans retour d&amp;rsquo;une facture à notre nom.
Le fameux &lt;em&gt;got root?&lt;/em&gt;, une porte d&amp;rsquo;entrée sur les modes de fonctionnement internes de l&amp;rsquo;opérateur pour gérer son réseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;John Draper&lt;/strong&gt;, dit &lt;em&gt;Captain Crunch&lt;/em&gt;, ancien technicien électronicien de
l&amp;rsquo;US Air Force, est devenu le visage public de cette découverte. Il s&amp;rsquo;est mis à construire
des &lt;em&gt;blue boxes&lt;/em&gt;, capables de générer à la demande l&amp;rsquo;ensemble des tonalités de routage du réseau Bell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article de Ron Rosenbaum dans &lt;em&gt;Esquire&lt;/em&gt;, publié en 1971,
&lt;strong&gt;« Secrets of the Little Blue Box »&lt;/strong&gt;, lève un voile sur le phreaking, encore cantonné dans des milieux de
l&amp;rsquo;underground et fait de Draper une célébrité. Ironie de l&amp;rsquo;histoire: deux jeunes
Californiens nommés Steve Wozniak et Steve Jobs, iront jusqu&amp;rsquo;à vendre des
blue boxes avant de fonder Apple - un premier signe d&amp;rsquo;un passage libre à une lecture d&amp;rsquo;attrait commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Draper et les milieux du phreaking comme les actes fondateurs hacker:
questionner, étudier, comprendre, les systèmes, mieux que leurs constructeurs.
Il s&amp;rsquo;agissait alors d&amp;rsquo;aucune motivation de détruire, mais poursuivre le jeu du sifflet - curiosité, exploration et sens du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret de ces modes &lt;em&gt;opérateur&lt;/em&gt; résidait dans des tonalités &lt;strong&gt;MF (Multi-Frequency)&lt;/strong&gt;:
des paires de fréquences choisies parmi six.
Les mêmes fréquences utilisées par les consoles des opératrices du réseau de l&amp;rsquo;époque, sur les appels longue distance.
Les utilisateurs éclairés de ces émetteurs clandestins se faisaient appeler les &lt;strong&gt;MFers&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En culture underground du phreaking, on employait souvent le terme de &lt;em&gt;« Marty Freeman »&lt;/em&gt;, et  on classait ses outils par couleurs de
boxes — blue box pour l&amp;rsquo;administration des appels, red box pour imiter les pièces des cabines, black box pour faire croire qu&amp;rsquo;un appel n&amp;rsquo;avait jamais été répondu, beige box pour se brancher en Highlander sur la ligne d&amp;rsquo;un voisin (cela peut rappeler à certains plus jeunes en wardriving ou attraper un wifi sans utiliser son propre accès Internet)&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;2600-la-tribune-trimestrielle&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#2600-la-tribune-trimestrielle&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    2600: la tribune trimestrielle
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt;, année choisie avec belle ironie de référence orwellienne, naît &lt;em&gt;&lt;strong&gt;2600: The Hacker
Quarterly&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, fondé par Eric Corley sous le pseudonyme d&amp;rsquo;&lt;strong&gt;Emmanuel Goldstein&lt;/strong&gt;.
Le magazine naît dans une tradition du &lt;strong&gt;YIPL/TAP&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;Youth International Party Line&lt;/em&gt;, lié
aux Yippies d&amp;rsquo;Abbie Hoffman). Elle devient alors première publication à avoir regardé la
technologie « avec les yeux d&amp;rsquo;un hacker », commentaire exprimé par Goldstein
lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le magazine suivra la même structure de contenu pendant toute son histoire:
de la technique pure, des retours d&amp;rsquo;expérience, des lettres de lecteurs où l&amp;rsquo;on débattait
d&amp;rsquo;éthique autant que de systèmes — le tout vendu en kiosque, à la limite de la
légalité, avec rigueur dissimulée sous satire. Le magazine devient progressivement une
tribune contre la surveillance et pour les libertés numériques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;hope-trois-jours-et-trois-nuits-à-lhotel-pennsylvania-le-california-était-déjà-pris&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#hope-trois-jours-et-trois-nuits-%c3%a0-lhotel-pennsylvania-le-california-%c3%a9tait-d%c3%a9j%c3%a0-pris&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    HOPE: trois jours et trois nuits à l&amp;rsquo;Hotel Pennsylvania (le California était déjà pris)
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit communauté hacker, dit réunions, dit conférences.
&lt;strong&gt;HOPE&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;Hackers on Planet Earth&lt;/em&gt;) est organisée par &lt;em&gt;2600&lt;/em&gt; depuis &lt;strong&gt;1994&lt;/strong&gt;, inspirée des rencontres hollandaises des
années 80-90.
Durant 25 ans, elle se tient au mythique &lt;strong&gt;Hotel Pennsylvania&lt;/strong&gt; de Manhattan: salons décrépis, moquettes fatiguées.
Un standing atypique pour un hôtel de New-York qui reçoit une conférence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hacker culture à HOPE:
ateliers de crochetage de serrures, villages de hackerspaces, festivals de
films, interventions à 3 h du matin, rencontres improvisées dans les couloirs
entre légendes et adolescents. Pas de badges NFC, pas de sponsoring
de la défense, pas de costume-cravate. Une entrée très accessible financièrement, tous âges, et la
conviction que le savoir se partage autour d&amp;rsquo;un soda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;édition de 2008, baptisée &lt;strong&gt;« The Last HOPE »&lt;/strong&gt;, est pensée comme la dernière
avant la démolition annoncée de l&amp;rsquo;hôtel. HOPE 2008 adopta un thème funéraire complet —
enterrement de la conférence, keynote de Steven Levy, auteur de &lt;em&gt;Hackers:
Heroes of the Computer Revolution&lt;/em&gt;.
Mais il en faut plus empêcher une telle communauté de se réunir, elle s&amp;rsquo;est renouvelée par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;mitnick-free-kevin&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#mitnick-free-kevin&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Mitnick: &amp;ldquo;FREE KEVIN&amp;rdquo;
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Difficile de raconter cette époque sans &lt;strong&gt;Kevin Mitnick&lt;/strong&gt; (1963–2023).
Kevin excellait en social engineering:
l&amp;rsquo;art de comprendre les humains avec leurs routines, leurs données personnelles professionelles,
et leurs façons de répondre au téléphone. Son premier « hack », à douze ans: voyager
gratuitement dans les bus de Los Angeles avec un ticket punch acheté à un
chauffeur et des souches repêchées dans les poubelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il finit par être arrêté par le FBI en &lt;strong&gt;1995&lt;/strong&gt; après deux ans de cavale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;appareil répressif est de taille aussi grande que l&amp;rsquo;ignorance sur les motivations de Mitnick:
il est emprisonné près de cinq
ans, souvent en isolement, il devient la cause défendue par toute une
génération: le mouvement &lt;strong&gt;« FREE KEVIN »&lt;/strong&gt;, stickers, panneaux, et même le
détournement de la page d&amp;rsquo;accueil de Yahoo! en 1997 par ses supporters.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sanction sans proportion avec le personnage: il avait agi par curiosité, non par cupidité.
Kevin est finalement libéré en janvier 2000, il finira consultant en
sécurité, conférencier, auteur. Le système, l&amp;rsquo;ayant diabolisé, finit par
l&amp;rsquo;embaucher — ce cycle de sanction répressive puis de collaboration va se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;phone-losers-of-america-never-gonna-give-you-up&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#phone-losers-of-america-never-gonna-give-you-up&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Phone Losers of America: Never Gonna Give You Up
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans ce sillage, mais sur le versant ouvertement &lt;strong&gt;loufoque&lt;/strong&gt;:
&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Phone Losers of America&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, fondé en &lt;strong&gt;1994&lt;/strong&gt; par &lt;strong&gt;Brad Carter&lt;/strong&gt; (alias
&lt;em&gt;RBCP&lt;/em&gt;) comme e-zine de phreaking et de pranks calls, devenue une communauté et
un empire de faux coups de fil radiophoniques, de podcasts (&lt;em&gt;PLA Radio&lt;/em&gt;,
&lt;em&gt;Cacti Radio&lt;/em&gt;…) et de compétitions d&amp;rsquo;ingénierie sociale en direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la PLA apporte à la culture hacker, c&amp;rsquo;est le &lt;strong&gt;rire&lt;/strong&gt;: le téléphone
comme instrument de comédie, la patience d&amp;rsquo;un opérateur de hotline comme
matière première, la radio locale piratée dans les années 80 comme scène
improvisée. Un folklore partagé — codes de couleurs de boxes, fake names
(&lt;em&gt;Dolan Grissom&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Herbert the Pervert&lt;/em&gt;), rituels d&amp;rsquo;appels — transmis par
enregistrements plus que par manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le joyau de la discipline pour l&amp;rsquo;anecdote: au panel PLA de &lt;strong&gt;The Last HOPE
2008&lt;/strong&gt;, l&amp;rsquo;intervention fut ponctuée d&amp;rsquo;un &lt;strong&gt;rickroll&lt;/strong&gt; en règle — l&amp;rsquo;assemblée de
hackers se retrouvant collectivement coincée sur &lt;em&gt;Never Gonna Give You Up&lt;/em&gt; de
Rick Astley, ce mème né sur 4chan en 2007 qui fut le dernier grand acte de
phreaking culturel: détourner une annonce, un lien, une salle entière, vers
ce que personne n&amp;rsquo;a demandé. La vidéo « The Last HOPE - Rickroll for 2008 PLA
Panel » est toujours en ligne, sur la chaîne de RBCP lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens-là — les mfers blagueurs, les pionniers de la boîte bleue, les
organisateurs bénévoles de conférences — n&amp;rsquo;avaient rien des cyberguerriers
sinistres des séries actuelles. Le hacker authentique était un artiste du
détournement joyeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;asterisk-la-téléphonie-libre-comme-terrain-de-jeu&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#asterisk-la-t%c3%a9l%c3%a9phonie-libre-comme-terrain-de-jeu&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Asterisk: la téléphonie libre comme terrain de jeu
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le prolongement le plus abouti de cet esprit arrive en &lt;strong&gt;1999&lt;/strong&gt;: &lt;strong&gt;Mark
Spencer&lt;/strong&gt;, jeune diplômé en ingénierie informatique d&amp;rsquo;Auburn University, gagne
sa vie en faisant du support Linux. Une entreprise ne pouvant s&amp;rsquo;offrir de PBX
(commutateur téléphonique d&amp;rsquo;entreprise), plutôt que de contracter un emprunt,
il décide d&amp;rsquo;en écrire un lui-même — sans mesurer l&amp;rsquo;ampleur du chantier, ce qui
fut, selon la chronique officielle du projet, sa chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi naît &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Asterisk&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, premier autocommutateur open source: &lt;strong&gt;un PC et du
code libre transforment un standard téléphonique d&amp;rsquo;entreprise à 100 000 $
en un service qu&amp;rsquo;on assemble soi-même&lt;/strong&gt;. En quelques mois, l&amp;rsquo;idée capture
l&amp;rsquo;imagination mondiale des geeks des télécoms: des centaines puis des milliers
de développeurs contribuent, une économie se monte autour (Digium, matériel,
formations), et Asterisk devient à la VoIP ce que Linux est aux serveurs.
Digium sera acquis par Sangoma en 2018 (28 millions de dollars), avec
l&amp;rsquo;engagement public de maintenir Asterisk open source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Asterisk est le moment où le phreaking se mue en &lt;strong&gt;maîtrise&lt;/strong&gt;: on ne « triche »
plus avec le réseau téléphonique, on le fabrique. Le cercle est bouclé: de la
blue box de Wozniak au système en production dans des milliers d&amp;rsquo;entreprises,
il n&amp;rsquo;y a qu&amp;rsquo;un changement de légitimité — pas de nature.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;mitch-altman-le-dernier-mfer-heureux&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#mitch-altman-le-dernier-mfer-heureux&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Mitch Altman: le dernier MFer heureux
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si un seul homme incarne la transmission de l&amp;rsquo;esprit phreak jusque dans
l&amp;rsquo;ère des écrans, c&amp;rsquo;est &lt;strong&gt;Mitch Altman&lt;/strong&gt; (né en 1956). Pionnier de la réalité
virtuelle au milieu des années 80 chez VPL Research aux côtés de Jaron Lanier,
il quitte l&amp;rsquo;entreprise lorsque celle-ci commence à signer des contrats
militaires — premier refus d&amp;rsquo;une vie. En 1997, il co-fonde la start-up 3ware
(stockage RAID), revendue avec succès en 2004. Là où l&amp;rsquo;histoire américaine
attend d&amp;rsquo;un homme ce qu&amp;rsquo;il achète ensuite, Altman fait autre chose: il prend
l&amp;rsquo;argent de la vente de 3ware pour financer la fabrication des &lt;strong&gt;20 000
premières unités d&amp;rsquo;un objet délibérément absurde et merveilleusement utile&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;était en &lt;strong&gt;2004&lt;/strong&gt;: le &lt;em&gt;&lt;strong&gt;TV-B-Gone&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, une télécommande universelle à un seul
bouton, de la taille d&amp;rsquo;un porte-clés, dont la seule et unique fonction est
d&amp;rsquo;&lt;strong&gt;éteindre n&amp;rsquo;importe quel téléviseur dans un lieu public&lt;/strong&gt;. Restaurants,
salles d&amp;rsquo;attente, vitrines de magasins d&amp;rsquo;électronique (grand classique des
démonstrations: éteindre les 50 téléviseurs du mur du magasin en une seule
pression, sous les regards ébahis des vendeurs). Le TV-B-Gone est la blue box
du monde réel: une manipulation maîtrisée de l&amp;rsquo;infrastructure ambiante, au
service non pas du profit mais du silence et de la tranquillence publique.
D&amp;rsquo;après Altman lui-même, il en a vendu plus de &lt;strong&gt;500 000 exemplaires&lt;/strong&gt; à
travers le monde, vivant de son invention, fier de son slogan d&amp;rsquo;entreprise
Cornfield Electronics: &lt;em&gt;« We make Useful Electronics for a Better World »&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le geste le plus important d&amp;rsquo;Altman n&amp;rsquo;est pas commercial: c&amp;rsquo;est
&lt;strong&gt;l&amp;rsquo;ouverture&lt;/strong&gt;. En 2008, dans le volume 12 de &lt;em&gt;Make Magazine&lt;/em&gt;, il publie un
article au titre magnifique — &lt;em&gt;« Patent-B-Gone »&lt;/em&gt; — expliquant pourquoi il
&lt;strong&gt;open-source le kit du TV-B-Gone&lt;/strong&gt;: schémas, code, tout y est, comme le
livre de cuisine d&amp;rsquo;une blue box qu&amp;rsquo;on aurait eu la générosité de publier dans
&lt;em&gt;2600&lt;/em&gt;. Démonstration qu&amp;rsquo;on peut inventer, vendre, &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La même année 2008, il co-fonde le hackerspace &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Noisebridge&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; à San
Francisco — incarnation physique du principe du hacker espace tiers: pas
d&amp;rsquo;adhésion, pas de bureau, des &lt;em&gt;Circuit Hacking Mondays&lt;/em&gt; où n&amp;rsquo;importe qui
apprend à souder. Altman parcourt depuis le monde avec des valises de kits
et un fer à souder, enseignant les bases de l&amp;rsquo;électronique à des élèves de
tous âges sur tous les continents. &lt;em&gt;Make Magazine&lt;/em&gt; l&amp;rsquo;a surnommé le
&lt;strong&gt;« Johnny Appleseed des hackerspaces »&lt;/strong&gt; et a créé en 2011, en son honneur,
le tout premier prix « Maker Hero ». Et fidèle à lui-même, il a quitté
&lt;em&gt;Make/Maker Faire&lt;/em&gt; en signe de protestation contre l&amp;rsquo;acceptation d&amp;rsquo;une
subvention DARPA: le deuxième refus militaire d&amp;rsquo;une vie, trente ans après
le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitch Altman est la réponse vivante à la question que pose la fin de cet
article: que devient le plaisir hacker quand l&amp;rsquo;infrastructure se referme?
Il migre vers le fer à souder, le microcontrôleur, le hackerspace. Le
TV-B-Gone prouve qu&amp;rsquo;en 2004 encore, on pouvait construire un objet qui
parle poliment à toute l&amp;rsquo;électronique de consommation environnante. Reste
à savoir ce qu&amp;rsquo;il en est quand cette électronique, dans nos poches,
n&amp;rsquo;écoute plus que son fabricant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-smartphone-ou-la-dépossession-générationnelle&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-smartphone-ou-la-d%c3%a9possession-g%c3%a9n%c3%a9rationnelle&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Le smartphone, ou la dépossession générationnelle
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et puis vint le coup de grâce. Non pas une loi répressive, pas une vague
d&amp;rsquo;arrestations: quelque chose de bien plus efficace. &lt;strong&gt;Un objet que tout le
monde adore, qui ferme tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le smartphone est l&amp;rsquo;aboutissement paradoxal de toute cette histoire: il contient
plus de puissance de calcul que toutes les blue boxes et tous les systèmes
MIT du monde, il transporte la pile réseau complète — radio, SIP, IP, stack
complet — et pourtant, jamais un objet technique n&amp;rsquo;aura été aussi peu
&lt;em&gt;hackable&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le bootloader est verrouillé par défaut.&lt;/strong&gt; Certains fabricants le
permettaient encore d&amp;rsquo;hier (Google, OnePlus), d&amp;rsquo;autres se durcissent
(Xiaomi a resserré sa politique avec HyperOS, exigeant demande et attente),
d&amp;rsquo;autres refusent carrément (HMD/Nokia). Verrouiller le bootloader annule
souvent garanties et fonctions bancaires, quand la procédure est possible.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Les ROMs alternatives sont un parcours du combattant sélectif.&lt;/strong&gt;
GrapheneOS et CalyxOS ne supportent officiellement que des téléphones Pixel
— ironie cruelle: pour échapper à Google, il faut acheter Google. LineageOS
ne maintient que ses deux dernières versions majeures et ne suit qu&amp;rsquo;une
fraction du parc: sur son wiki, le filtre n&amp;rsquo;affiche que ~307 modèles sur
597 répertoriés, et il faut choisir son téléphone &lt;em&gt;en fonction de la ROM&lt;/em&gt;,
parfois au détriment de tout autre critère.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L&amp;rsquo;attestation matérielle&lt;/strong&gt; (SafetyNet / Play Integrity) conditionne
banques et applications à la conformité du système installé: même avec
toutes vos compétences, votre téléphone reflashé « propre » sera traité
comme un paria.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le verrouillage opérateur&lt;/strong&gt;, quoique régressif en recul, n&amp;rsquo;a jamais
totalement disparu: en France, les opérateurs ont massivement abandonné le
simlockage après 2017, mais la loi n&amp;rsquo;interdit pas la pratique — le
gouvernement l&amp;rsquo;a confirmé en refusant de l&amp;rsquo;interdire — et le marché de
l&amp;rsquo;occasion regorge encore d&amp;rsquo;appareils bridés, déverrouillables seulement
après trois mois d&amp;rsquo;ancienneté contre justification administrative.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le résultat est une &lt;strong&gt;dépossession générationnelle silencieuse&lt;/strong&gt;. Là où le
sifflet dans la boîte de céréales disait à un gamin de onze ans &lt;em&gt;« le système
entier t&amp;rsquo;est accessible, à hauteur de souffle »&lt;/em&gt;, le smartphone moderne lui
répond &lt;em&gt;« fais ce que le fabricant a prévu, quand il l&amp;rsquo;a prévu, jusqu&amp;rsquo;à ce
qu&amp;rsquo;il te force à racheter »&lt;/em&gt;. Le kernel de ton téléphone n&amp;rsquo;est plus publié
correctement (Google a cessé de publier certaines sources du kernel Pixel,
compliquant les ports de ROM); la batterie est collée; le droit à la
réparation se négocie goutte à goutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde totalitaire n&amp;rsquo;est pas celui qui t&amp;rsquo;interdit de fuir: c&amp;rsquo;est celui qui
te convainc qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y a rien à fuir. L&amp;rsquo;appareil photo et l&amp;rsquo;app bancaire
fonctionnent, pourquoi toucherait-on à quoi que ce soit? Le plaisir technique
— bricoler, comprendre, détourner, réparer — devient le privilège de ceux qui
peuvent se permettre un Pixel à 900 € et une soirée de lecture de forums
XDA.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;f-droid--la-dernière-veilleuse&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#f-droid--la-derni%c3%a8re-veilleuse&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    F-Droid : la dernière veilleuse
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce paysage, une veilleuse subsiste. &lt;strong&gt;F-Droid&lt;/strong&gt;, fondé en &lt;strong&gt;2010&lt;/strong&gt; par
Ciaran Gultnieks (client forké d&amp;rsquo;Aptoide), est un catalogue d&amp;rsquo;applications
exclusivement libres pour Android, où chacun peut héberger son propre dépôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FSFE le mit en avant dès 2012 dans sa campagne &lt;em&gt;Free Your Android!&lt;/em&gt;. Mais
l&amp;rsquo;important n&amp;rsquo;est pas seulement l&amp;rsquo;accès aux APK: F-Droid maintient depuis
&lt;strong&gt;2015&lt;/strong&gt; des &lt;em&gt;reproducible builds&lt;/em&gt; — la garantie que l&amp;rsquo;application compilée
correspond bit à bit au code source audité, un niveau de confiance qu&amp;rsquo;aucun
store propriétaire n&amp;rsquo;offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F-Droid, c&amp;rsquo;est la dernière expression accessible de l&amp;rsquo;esprit Asterisk sur
mobile: un entrepôt communautaire, vérifiable, résistant, fonctionnant en
marge du magasin officiel. Un bout de &lt;em&gt;2600&lt;/em&gt; en format &lt;code&gt;.apk&lt;/code&gt;. Ce n&amp;rsquo;est pas la
libération du smartphone — c&amp;rsquo;est la preuve qu&amp;rsquo;elle reste pensable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;conclusion-rendre-la-ferraille-jouable&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#conclusion-rendre-la-ferraille-jouable&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Conclusion: rendre la ferraille jouable
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;histoire racontée ici n&amp;rsquo;est pas celle d&amp;rsquo;une nostalgie. C&amp;rsquo;est celle d&amp;rsquo;un
&lt;strong&gt;actif confisqué&lt;/strong&gt;. Le plaisir technique était un droit d&amp;rsquo;usage tacite sur
le monde: un réseau, un sifflet, un PC, un standard téléphonique, un
protocole — tout cela invitait à l&amp;rsquo;exploration. Le smartphone a fermé
l&amp;rsquo;invitation, et les politiques de bootloader, d&amp;rsquo;attestation et de support
matériel la soudent à clé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La résistance existe, mais elle est devenue &lt;strong&gt;contraignante au point d&amp;rsquo;être
élitiste&lt;/strong&gt;: choisir son modèle comme on choisissait jadis un modem compatible,
négocier avec des fenêtres de déverrouillage, accepter de perdre des fonctions
quotidiennes. La question posée à la génération du sifflet reste entière pour
la nôtre: &lt;em&gt;qui possède la machine que vous avez dans la poche?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que F-Droid tourne, tant que LineageOS sort des builds, tant que des gens
plaident pour un bootloader déverrouillable sur des téléphones réparables,
la tonalité de 2600 Hz continue de siffler quelque part, dans une boîte de
céréales d&amp;rsquo;un monde parallèle.&lt;/p&gt;
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