<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?>
<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/">

  <channel>
    <title>73 HB9ERY QSL</title>
    <link>/</link>
    <description>Recent blog posts on 73 HB9ERY QSL</description>
    
    <generator>Hugo (https://gohugo.io)</generator>
    
    <language>en-gb</language>
    
    <managingEditor>jma@mbuf.net (jma)</managingEditor>
    
    <webMaster>jma@mbuf.net (jma)</webMaster>
    
    <lastBuildDate>Thu, 17 Sep 2026 00:00:00 Z</lastBuildDate>
    
    <atom:link href="/tags/climat/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
    

    <item>
      <title>Au début ll y avait des axiomes...et l&#39;Anthropocène fût :-o</title>
      <link>/posts/theo/</link>
      <pubDate>Thu, 17 Sep 2026 00:00:00 Z</pubDate>
      
      <author>jma@mbuf.net (jma)</author>

      
      
      
      

      <description>
       ## Le théorème de l&amp;amp;rsquo;impossible transition # Une histoire d&amp;amp;rsquo;axiomes sans issue Mise en garde sur ma méthodologie: ce qui suit utilise une analogie mathématique d&amp;amp;rsquo;essence heuristique, et non formelle. Il ne s&amp;amp;rsquo;agit pas de prouver que la transition écologique obéit aux théorèmes de Gödel, mais de montrer que la structure logique du problème — un système qui ne peut pas produire sa propre sortie — est isomorphe à celle de l&amp;amp;rsquo;incomplétude.

      </description>
      <content:encoded>&lt;h1 id=&#34;le-théorème-de-limpossible-transition&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-th%c3%a9or%c3%a8me-de-limpossible-transition&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Le théorème de l&amp;rsquo;impossible transition
&lt;/div&gt;
&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&#34;une-histoire-daxiomes-sans-issue&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#une-histoire-daxiomes-sans-issue&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Une histoire d&amp;rsquo;axiomes sans issue
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mise en garde sur ma méthodologie: ce qui suit utilise une analogie mathématique
d&amp;rsquo;essence heuristique, et non formelle. Il ne s&amp;rsquo;agit pas de prouver que la
transition écologique obéit aux théorèmes de Gödel, mais de montrer que la
structure logique du problème — un système qui ne peut pas produire sa propre
sortie — est isomorphe à celle de l&amp;rsquo;incomplétude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis attentif à ne pas glisser dans le sophisme de la fausse analogie.
Avis aux amateurs de raccourcis, vous voilà prévenus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;chercher-ℝ-dans-ℕ-lanalogie-fondatrice&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#chercher-%e2%84%9d-dans-%e2%84%95-lanalogie-fondatrice&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Chercher ℝ dans ℕ: l&amp;rsquo;analogie fondatrice
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenons une mathématicienne brillante, Sophie. Disons même très brillante.
Sophie s&amp;rsquo;est spécialisée exclusivement dans ℕ,
l&amp;rsquo;ensemble des entiers naturels — 0, 1, 2, 3… Un monde propre, dénombrable,
rassurant. Chaque entier a un successeur, la récurrence marche comme une
horloge, et tout s&amp;rsquo;enchaîne avec une minutie rigoureuse, digne du savoir-faire helvétique en matière de mesure du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, on lui demande de trouver π.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie va s&amp;rsquo;y mettre sérieusement, parce qu&amp;rsquo;elle est déterminée. Elle encadrera π:
c&amp;rsquo;est entre 3 et 4. Puis entre 3,1 et 3,2. Puis entre 3,14 et 3,15. Elle
pourra passer sa carrière à resserrer l&amp;rsquo;encadrement, publier des articles
sur des encadrements de plus en plus fins, créer une chaire d&amp;rsquo;encadrement
de π, organiser un colloque international sur l&amp;rsquo;amélioration des
techniques d&amp;rsquo;encadrement. Sophie n&amp;rsquo;atteindra jamais π.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non par incompétence. Non par manque d&amp;rsquo;effort. Non par cynisme (bien que
la chaire soit confortable). Mais par &lt;strong&gt;impossibilité formelle&lt;/strong&gt; : π n&amp;rsquo;est
pas un entier. Pire: π n&amp;rsquo;est même pas un rationnel. Le système dans
lequel Sophie travaille ne contient pas, par construction, l&amp;rsquo;objet qu&amp;rsquo;on lui
demande de trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Grecs l&amp;rsquo;ont appris à leurs dépens. Les Pythagoriciens tenaient les
entiers et leurs rapports pour la trame secrète du cosmos — « tout est
nombre », en se couchant ce soir-là sereins. Puis quelqu&amp;rsquo;un, la légende fait souvent référence à
Hippase de Métaponte, a mesuré la diagonale d&amp;rsquo;un carré
de côté 1. L&amp;rsquo;objet géométrique le plus simple, le plus innocent du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diagonale valait √2 — un nombre qui ne peut pas s&amp;rsquo;écrire comme
rapport de deux entiers. Un nombre qui échappe à la grille. La légende
raconte que les Pythagoriciens ont noyé Hippase. C&amp;rsquo;est une réponse
institutionnelle classique à une découverte inconfortable: quand la
réalité dépasse l&amp;rsquo;axiomatique, on noie le messager et on garde
l&amp;rsquo;axiomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu attendre des ténors comme Dedekind, Cantor et Weierstrass, bien plus tard, pour
sortir de l&amp;rsquo;impasse. Et remarquez le geste: ils n&amp;rsquo;ont pas &lt;em&gt;raffiné&lt;/em&gt; ℕ.
Ils n&amp;rsquo;ont pas publié un rapport d&amp;rsquo;expertise recommandant un meilleur
encadrement de π. Ils ont &lt;strong&gt;changé les axiomes&lt;/strong&gt;. Dedekind a eu l&amp;rsquo;idée
d&amp;rsquo;une élégance vertigineuse: la coupure. Couper ℚ en deux morceaux —
tout ce qui est en dessous, tout ce qui est au-dessus — et le vide entre
les deux, c&amp;rsquo;est le réel. Le nombre réel n&amp;rsquo;est pas un objet qu&amp;rsquo;on ajoute
au système: c&amp;rsquo;est un &lt;strong&gt;entre-deux qu&amp;rsquo;on révèle&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans ce saut axiomatique: pas de calcul différentiel, pas de physique
newtonienne, pas de thermodynamique, pas de relativité. La réalité
matérielle du monde que nous habitons — ponts, avions, ordinateurs,
l&amp;rsquo;ordiphone sur lequel vous lisez peut-être cet article — repose
littéralement sur un changement d&amp;rsquo;axiomatique que les Pythagoriciens
auraient qualifié de folie criminelle, juste avant de nous noyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transition, donc: ce que Peano est à ℕ, l&amp;rsquo;HEC est à la transition
écologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;linjustice-herméneutique-de-la-transition-fricker-appliquée-à-lécologie&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#linjustice-herm%c3%a9neutique-de-la-transition-fricker-appliqu%c3%a9e-%c3%a0-l%c3%a9cologie&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    L&amp;rsquo;injustice herméneutique de la transition: Fricker appliquée à l&amp;rsquo;écologie
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parlons maintenant de nos décideurs politiques. La lecture commune de
l&amp;rsquo;échec écologique propose deux récits: soit ils sont cyniques (« ils
savent, mais ils s&amp;rsquo;en fichent »), soit ils sont incompétents (« ils ne
savent pas »). Miranda Fricker, philosophe de l&amp;rsquo;épistémologie sociale,
nous invite à considérer une troisième hypothèse, plus dérangeante:
&lt;strong&gt;ils ne peuvent pas savoir&lt;/strong&gt; — parce que la grille interprétative dont
ils disposent ne contient pas la catégorie de la chose à savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fricker nomme cela l&amp;rsquo;&lt;em&gt;injustice herméneutique&lt;/em&gt;: une situation où un
sujet manque des ressources interprétatives nécessaires pour comprendre
et nommer une expérience qui le concerne pourtant directement. Son
exemple canonique: le harcèlement sexuel avant que le concept n&amp;rsquo;existe.
Les femmes concernées souffraient, mais ne pouvaient pas &lt;em&gt;nommer&lt;/em&gt; ce qui
leur arrivait. La souffrance était réelle, le concept n&amp;rsquo;existait pas.
Elles avaient donc, littéralement, raison sans pouvoir le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transposons. Le décideur politique « de bonne foi » — accordons-lui le
bénéfice du doute, charité intellectuelle oblige — souffre
d&amp;rsquo;une injustice herméneutique à plusieurs étages:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier étage, l&amp;rsquo;endoctrinement universitaire.&lt;/strong&gt; Sa formation
(économie néoclassique, gestion, sciences politiques institutionnelles)
lui fournit une grille qui catégorise la crise écologique comme un
&lt;em&gt;problème de gestion&lt;/em&gt;. Or l&amp;rsquo;économie néoclassique ne contient pas la
catégorie de « suffisance » — pas plus que ℕ ne contient la borne
supérieure. On ne trouve pas dans un système formel les concepts que ses
axiomes excluent. On peut chercher longtemps, l&amp;rsquo;ampoule n&amp;rsquo;est même pas
dans la pièce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxième étage, la classe sociale.&lt;/strong&gt; Notre décideur appartient à un
milieu dont le mode de vie dépend structurellement du modèle
extractiviste: la mobilité aérienne, l&amp;rsquo;immobilier pavillonnaire, les
investissements financiers. Penser la sortie du système, pour lui,
implique de penser &lt;em&gt;contre soi-même&lt;/em&gt;, contre sa propre position sociale.
Ce n&amp;rsquo;est pas de la mauvaise foi — c&amp;rsquo;est de la cohérence. Un poisson qui
remettrait l&amp;rsquo;eau en question aurait lui aussi des problèmes
d&amp;rsquo;agenda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisième étage, la grammaire politique.&lt;/strong&gt; La pensée légitime s&amp;rsquo;exprime
dans un lexique précis: croissance, compétitivité, innovation, emploi.
Ce lexique ne contient pas les mots de la décroissance matérielle, de la
relocalisation, de la sobriété contraignante. Quand le mot « sobriété »
finit par y entrer — par effraction — il est immédiatement désamorcé en
conseil individuel de mode de vie. La preuve: la France a créé un
ministère de la « Transition écologique » qui a passé l&amp;rsquo;essentiel de son
existence à gérer la circulation automobile à Paris. Titularisation du
concept, neutralisation de la substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas HEC est ici paradigmatique: former des élites à maximiser,
optimiser, internaliser les externalités, c&amp;rsquo;est former des
mathématiciens de ℕ et leur demander ensuite de résoudre un problème de
ℝ. La compétence elle-même devient obstacle: plus on est performant
dans le système, moins on peut en voir l&amp;rsquo;extérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu complète le tableau là où Fricker donne le concept. L&amp;rsquo;habitus,
dit-il, ne produit pas des opinions mais des &lt;strong&gt;structures de
perception&lt;/strong&gt;. Le décideur ne choisit pas de ne pas voir — il ne &lt;em&gt;peut
pas&lt;/em&gt; voir, parce que sa perception elle-même est structurée par le
système qu&amp;rsquo;il devrait remettre en cause. Fricker fournit le diagnostic
(l&amp;rsquo;injustice herméneutique), Bourdieu fournit le mécanisme (habitus,
champ, reproduction). Ensemble, ils expliquent pourquoi un ministre peut
sincèrement croire qu&amp;rsquo;une taxe sur le kérosène combinée à des
biocarburants constitue une « stratégie de sortie »: dans ℕ, c&amp;rsquo;en est
une.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;gödel-ou-la-méta-cognition-impossible&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#g%c3%b6del-ou-la-m%c3%a9ta-cognition-impossible&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Gödel, ou la méta-cognition impossible
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s&amp;rsquo;arrêter là et conclure: il suffit de donner à nos
décideurs les ressources interprétatives manquantes, et le tour est
joué. Réunion de sensibilisation, séminaire à Sèvres, journée
d&amp;rsquo;étude, café bio, et on rentre. C&amp;rsquo;est compter sans Kurt Gödel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1931, Gödel démontre deux théorèmes dont la portée dépasse
considérablement les mathématiques:&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Premier théorème:&lt;/strong&gt; dans tout système formel suffisamment riche
(contenant l&amp;rsquo;arithmétique), il existe des propositions &lt;em&gt;vraies&lt;/em&gt; qui
ne sont pas &lt;em&gt;démontrables&lt;/em&gt; dans le système.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Second théorème:&lt;/strong&gt; le système ne peut pas démontrer sa propre
cohérence. Il ne peut pas, depuis l&amp;rsquo;intérieur, certifier le local
dans lequel il habite.&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Gödel a construit pour cela une proposition qui dit, en substance:
« Je ne suis pas démontrable. » Le vieux paradoxe du menteur crétois,
mais formalisé, rigoureux, implacable. Le système peut &lt;em&gt;formuler&lt;/em&gt; cette
proposition mais ne peut pas la &lt;em&gt;prouver&lt;/em&gt;. C&amp;rsquo;est un miroir que le système
tend à lui-même et dans lequel il ne peut pas se regarder — et
contrairement au narcissisme ordinaire, ce n&amp;rsquo;est pas de la vanité, c&amp;rsquo;est
de la logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transposition: la nécessité de sortir de l&amp;rsquo;extractivisme est une
proposition vraie — la physique et la biologie la rendent aussi
incontournable que l&amp;rsquo;empoisonnement au Xe135 d&amp;rsquo;un RBMK  — mais elle
n&amp;rsquo;est pas démontrable depuis le système formel de l&amp;rsquo;économie de la
croissance et de la gouvernance institutionnelle. Les indicateurs du
système (PIB, compétitivité, taux de croissance) ne peuvent pas produire
le diagnostic de leur propre insuffisance, pour la même raison qu&amp;rsquo;une
balance ne peut pas se peser elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici se noue la différence cruciale entre Gödel et Fricker, et c&amp;rsquo;est la
clé de voûte de tout l&amp;rsquo;argument. &lt;strong&gt;Fricker&lt;/strong&gt; dit que le sujet manque de
ressources interprétatives: le politicien ne peut pas penser la
solution. &lt;strong&gt;Gödel&lt;/strong&gt; dit quelque chose de plus radical: le système
lui-même, par construction, ne peut pas produire la démonstration —
&lt;em&gt;même si le sujet disposait de toutes les ressources internes&lt;/em&gt;.
L&amp;rsquo;incomplétude n&amp;rsquo;est pas un déficit cognitif individuel -&amp;gt; c&amp;rsquo;est une
propriété du système formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour réaliser qu&amp;rsquo;un système est incapable de produire sa propre
solution, il faut adopter un point de vue &lt;strong&gt;méta&lt;/strong&gt; — se placer au-dessus
du système, l&amp;rsquo;examiner de l&amp;rsquo;extérieur. Or le décideur formé dans le
système, socialisé dans le système, légitimé par le système, n&amp;rsquo;a pas
accès à cette position. Il est dedans. Il peut &lt;em&gt;sentir&lt;/em&gt; l&amp;rsquo;incomplétude —
comme un malaise, une intuition, une fatigue existentielle
— mais il ne peut pas la démontrer dans sa
propre langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conséquence politique: les COP, les rapports du GIEC filtrés par les
cadres institutionnels, les « transitions » pensées comme simples
substitutions technologiques — tout cela est l&amp;rsquo;équivalent des tentatives
de démonstration &lt;em&gt;interne&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;une proposition qui exige un saut
axiomatique. Autrement dit: on ne résout pas π en encadrant mieux. Trente
ans d&amp;rsquo;encadrement constituent une expérimentation dont les résultats
sont connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-théorème-en-action-trois-illustrations&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-th%c3%a9or%c3%a8me-en-action-trois-illustrations&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Le théorème en action: trois illustrations
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;h3 id=&#34;le-carburant-synthétique-ou-lencadrement-qui-se-prend-pour-la-solution&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-carburant-synth%c3%a9tique-ou-lencadrement-qui-se-prend-pour-la-solution&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Le carburant synthétique, ou l&amp;rsquo;encadrement qui se prend pour la solution
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Considérons les carburants synthétiques dits « propres ». Technologie de
substitution qui ne change pas un seul axiome du système: on remplace
le kérosène fossile par un kérosène fabriqué, et l&amp;rsquo;on déclare le problème
résolu. Effet rebond programmé: si le kérosène devient « propre », la
croissance du transport aérien reprend sans entrave — et avec elle la
pression sur les terres, les matériaux, l&amp;rsquo;eau, qui n&amp;rsquo;entraient jamais
dans l&amp;rsquo;équation. Le mot « propre » fonctionne ici comme indice
littéral de l&amp;rsquo;injustice herméneutique: le système ne dispose pas du
concept de &lt;em&gt;charge matérielle globale&lt;/em&gt; et réduit l&amp;rsquo;impact écologique au
CO₂.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;iter-ou-le-second-théorème-de-gödel-avec-un-budget-de-vingt-milliards&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#iter-ou-le-second-th%c3%a9or%c3%a8me-de-g%c3%b6del-avec-un-budget-de-vingt-milliards&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    ITER, ou le second théorème de Gödel avec un budget de vingt milliards
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;ITER promet une énergie quasi illimitée qui reporte la sobriété à
l&amp;rsquo;horizon de sa réalisation — horizon aussi repoussable que la ligne
d&amp;rsquo;arrivée d&amp;rsquo;Alice au pays des merveilles. Aurélien Barrau en a formulé
la critique la plus nette: si la fusion réussit, elle lève la dernière
contrainte énergétique du système extractiviste et &lt;em&gt;accélère&lt;/em&gt;
l&amp;rsquo;effondrement du vivant. Illustration parfaite du second théorème: le
système investit des ressources colossales pour produire une solution
qui, de l&amp;rsquo;intérieur, apparaît cohérente et nécessaire — mais qui, depuis
un point de vue méta, alimente la destruction qu&amp;rsquo;elle prétend conjurer.
Le problème n&amp;rsquo;est pas que la fusion ne marche pas. C&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;elle
marcherait &lt;em&gt;trop bien&lt;/em&gt; pour un système qui ne sait quoi faire d&amp;rsquo;une
énergie illimitée hormis extraire, produire et consommer davantage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;les-cop-ou-la-preuve-par-construction&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#les-cop-ou-la-preuve-par-construction&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Les COP, ou la preuve par construction
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Trente ans de conférences, zéro inflexion de la courbe des émissions
mondiales. On peut y lire un échec de coordination. On peut y lire,
plus justement, une impossibilité formelle: les COP tentent de
dériver, dans ℕ, une proposition qui exige un changement d&amp;rsquo;axiomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque COP est une nouvelle tentative de démonstration; chaque échec,
une confirmation supplémentaire du théorème. Les courbes du Global
Carbon Project sont la version graphique, minutieusement documentée,
d&amp;rsquo;une proposition gödelienne. On n&amp;rsquo;a jamais autant dépensé d&amp;rsquo;énergie
pour prouver, année après année, qu&amp;rsquo;une chose ne se prouve pas ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;la-beauté-nest-pas-un-luxe-médiation-latérale&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#la-beaut%c3%a9-nest-pas-un-luxe-m%c3%a9diation-lat%c3%a9rale&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    La beauté n&amp;rsquo;est pas un luxe: médiation latérale
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;aimerais alors attirer votre attention sur un aspect important: tout cela serait très joli, mais
la beauté mathématique n&amp;rsquo;aurait rien à faire dans un débat politique.
L&amp;rsquo;objection inverse exactement le rapport. Hardy soutenait que les
mathématiques sont une activité créative comparable à la poésie, et que
les théorèmes durables sont ceux qui sont beaux. La beauté n&amp;rsquo;est pas
accessoire: elle est précisément ce qui distingue le saut axiomatique
du simple bricolage technique. Dedekind n&amp;rsquo;a pas trouvé les coupures par
hasard — il les a trouvées parce qu&amp;rsquo;il cherchait une élégance qui
manquait au système.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;histoire porte en elle des leçons de courage épistémique que le
formulaire administratif ignore. Cantor a regardé l&amp;rsquo;infini actuel en
face et n&amp;rsquo;en est pas revenu indemne: attaqué par Kronecker, bafoué par
une partie de la communauté mathématique, dépressif, il a néanmoins eu
raison. Il a fallu qu&amp;rsquo;un homme accepte de perdre pied, de quitter le sol
ferme de ℕ pour le transfini, pour que l&amp;rsquo;inédit devienne pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changer d&amp;rsquo;axiomes, c&amp;rsquo;est accepter le vertige: quitter un monde sûr
pour un monde qui n&amp;rsquo;existe pas encore. Ceux qui demandent des
« solutions réalistes » demandent, en réalité, des solutions à
l&amp;rsquo;intérieur de ℕ. Le réalisme, ici, est le nom flatteur donné à
l&amp;rsquo;axiomatique dominante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-corps-nest-pas-un-détail&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-corps-nest-pas-un-d%c3%a9tail&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Le corps n&amp;rsquo;est pas un détail
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une précission supplémentaire s&amp;rsquo;impose: l&amp;rsquo;injustice herméneutique n&amp;rsquo;est pas seulement
cognitive, elle est &lt;strong&gt;corporelle&lt;/strong&gt;. Le décideur de bonne foi ne pense pas
seulement avec des idées — il pense avec des habitudes incorporées:
l&amp;rsquo;horaire de 9h à 17h, le repas d&amp;rsquo;affaires, la réunion Zoom, l&amp;rsquo;avion
pour la COP, l&amp;rsquo;hôtel, la réception, le rythme accéléré. Ce corps de
l&amp;rsquo;administration ne permet pas d&amp;rsquo;expérimenter les catégories de la
sobriété, de la suffisance, de la limite. Il est physiquement configuré
pour une axiomatique de la croissance. On ne peut pas penser ℝ si l&amp;rsquo;on
habite ℕ — et ℕ est autant un régime de corps que d&amp;rsquo;esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincaré le savait. Il trouvait en marchant et en dormant, pas en
calculant. Grothendieck le savait. Il exigeait le retrait, l&amp;rsquo;ascèse,
le silence. Orlando Fals Borda le savait aussi. Il reprenait aux
pêcheurs colombiens le mot &lt;em&gt;sentipensar&lt;/em&gt; — penser-avec-sentir — comme
fondement d&amp;rsquo;une épistémologie où sentir et penser ne sont pas séparés,
où connaître n&amp;rsquo;est pas extraire le réel mais le fréquenter. Le
politicien moderne vit l&amp;rsquo;inverse exact: une épistémologie cartésienne
de terrain, corps d&amp;rsquo;un côté, esprit de l&amp;rsquo;autre, émotions en variables
non pertinentes, le vivant en objet. Son corps est saturé. Il n&amp;rsquo;a pas
d&amp;rsquo;espace pour la pensée qui déplace les fondations. Peut-être
faudrait-il commencer par là: non pas une nouvelle politique, mais une
nouvelle manière d&amp;rsquo;habiter son propre corps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;conclusion-la-sortie-ne-viendra-pas-de-lintérieur&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#conclusion-la-sortie-ne-viendra-pas-de-lint%c3%a9rieur&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    Conclusion: la sortie ne viendra pas de l&amp;rsquo;intérieur
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si je résume en matière condensée: la transition écologique
réelle — la sortie de l&amp;rsquo;extractivisme — n&amp;rsquo;est pas démontrable dans le
système formel qui produit la crise. Elle exige un changement
d&amp;rsquo;axiomatique, c&amp;rsquo;est-à-dire un saut qui ne peut pas être effectué par
les agents formés dans et par le système.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conclusions, solidaires:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Par le chemin de Fricker:&lt;/strong&gt; ceux qui pourraient politiquement initier le
changement en sont herméneutiquement incapables — non par vice, mais
par captivité interprétative.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Sur le sentier de Gödel:&lt;/strong&gt; le système lui-même, par construction, ne peut pas
produire le diagnostic de sa propre insuffisance — il faut un
métalangage, un point de vue externe.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces deux exclusions — subjective et objective — forment ensemble une
double clôture qui rend la sortie axiomatiquement impossible depuis
l&amp;rsquo;intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention toutefois à ce que ce texte accomplit — et
n&amp;rsquo;accomplisse pas. Il ne démontre pas que la transition est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il démontre pourquoi elle &lt;em&gt;ne s&amp;rsquo;est pas produite&lt;/em&gt; malgré trente ans
d&amp;rsquo;efforts. Et la réponse n&amp;rsquo;est ni « parce que les politiques sont
cyniques » (moralisme paresseux) ni « parce que le système est une
totalité fermée » (réductionnisme structurel). La réponse est: parce
que les conditions épistémiques de la pensée de la sortie ne sont pas
réunies à l&amp;rsquo;intérieur du système. Nommer cet obstacle n&amp;rsquo;est pas de la
resignation — c&amp;rsquo;est la condition préalable à toute action efficace.
On ne change pas ce qu&amp;rsquo;on ne comprend pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sortie existe, elle viendra des marges qui opèrent déjà dans un
autre système formel: communautés autochtones, zadistes, paysans en
agroécologie, mouvements de relocalisation. Ce ne sont pas des marges
au sens sociologique — ce sont des marges au sens &lt;em&gt;logique&lt;/em&gt;: des
ensembles définis par d&amp;rsquo;autres axiomes. La question n&amp;rsquo;est plus
politique. Elle est épistémologique. La sortie de l&amp;rsquo;extractivisme ne
sera pas une privation, elle sera l&amp;rsquo;accès à une forme de vérité que le
système actuel, par sa pauvreté axiomatique, nous interdit de voir. On
a cru que ℕ était indépassable. Nous avions tort. Le saut vers ℝ a
fondé la modernité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons aujourd&amp;rsquo;hui que l&amp;rsquo;extractivisme est indépassable. Nous
avons peut-être tort — mais seule la méta-cognition de notre propre
incomplétude nous donnera la possibilité de changer d&amp;rsquo;axiomes. C&amp;rsquo;est
cela, le véritable travail. Celui qu&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;a encore jamais entrepris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux décideurs de bonne foi, on peut leur faire pleinement
confiance en l&amp;rsquo;occurrence: on peut leur accorder une charité
intellectuelle sans réserve. Mais la charité ne change pas les axiomes.&lt;/p&gt;
</content:encoded>
      
      <category>climat</category>
      
      <category>mathématique</category>
      
      <category>politique</category>
      
      <category>injustice</category>
      
      <category>sociologie</category>
      
      
      <category>article</category>
      
      <guid isPermaLink="true">/posts/theo/</guid>
    </item>
    

    <item>
      <title>Bonbons Ricola pour l&#39;armée, la sécurité alimentaire au réduit national</title>
      <link>/posts/27sept/</link>
      <pubDate>Wed, 12 Aug 2026 00:00:00 Z</pubDate>
      
      <author>jma@mbuf.net (jma)</author>

      
      
      
      

      <description>
       ## Bonbons Ricola pour l&amp;amp;rsquo;armée, la sécurité alimentaire au réduit national Les ricola à l&amp;amp;rsquo;armée, ce n&amp;amp;rsquo;est pas une blague folklorique. C&amp;amp;rsquo;est un vrai projet fédéral en cours de test.
# le 27 septembre 2026, la Suisse vote sur son alimentation. Il est bien question de responsabilité d&amp;amp;rsquo;Etat. Les Suisses voteront sur l&amp;amp;rsquo;initiative alimentaire (70% d&amp;amp;rsquo;autosuffisance en 10 ans) sans qu&amp;amp;rsquo;aucun parti ne la soutienne, hormis les Jeunes Verts. et sans que la campagne ne relie ce vote à l&amp;amp;rsquo;état réel des sols, des glaciers, des réserves et des chaînes d&amp;amp;rsquo;approvisionnement. C&amp;amp;rsquo;est ce décalage — entre la gravité documentée de la situation et son cadrage dans le débat public — que cet article explore.

      </description>
      <content:encoded>&lt;h1 id=&#34;bonbons-ricola-pour-larmée-la-sécurité-alimentaire-au-réduit-national&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#bonbons-ricola-pour-larm%c3%a9e-la-s%c3%a9curit%c3%a9-alimentaire-au-r%c3%a9duit-national&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Bonbons Ricola pour l&amp;rsquo;armée, la sécurité alimentaire au réduit national
&lt;/div&gt;
&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://www.vtg.admin.ch/fr/viva&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;Les ricola&lt;/a&gt; à l&amp;rsquo;armée, ce n&amp;rsquo;est pas une blague folklorique.
C&amp;rsquo;est un vrai projet fédéral en cours de test.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-27-septembre-2026-la-suisse-vote-sur-son-alimentation-il-est-bien-question-de-responsabilité-detat&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-27-septembre-2026-la-suisse-vote-sur-son-alimentation-il-est-bien-question-de-responsabilit%c3%a9-detat&#34;&gt;
        #
    &lt;/a&gt;
    le 27 septembre 2026, la Suisse vote sur son alimentation. Il est bien question de responsabilité d&amp;rsquo;Etat.
&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Suisses voteront sur &lt;a href=&#34;https://www.admin.ch/fr/votation-populaire-du-27-septembre-2026&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;l&amp;rsquo;initiative alimentaire&lt;/a&gt;
(70% d&amp;rsquo;autosuffisance en 10 ans) sans qu&amp;rsquo;aucun parti ne la soutienne, hormis les Jeunes Verts.
et sans que la campagne ne relie ce vote à l&amp;rsquo;état réel des sols, des glaciers, des réserves et des chaînes d&amp;rsquo;approvisionnement.
C&amp;rsquo;est ce décalage — entre la gravité documentée de la situation et son cadrage dans le débat public — que cet article
explore.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;lété-2026-nest-pas-un-épisode-cest-un-changement-de-régime-le-début-dune-exponentielle&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#l%c3%a9t%c3%a9-2026-nest-pas-un-%c3%a9pisode-cest-un-changement-de-r%c3%a9gime-le-d%c3%a9but-dune-exponentielle&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    L&amp;rsquo;été 2026 n&amp;rsquo;est pas un épisode, c&amp;rsquo;est un changement de régime, le début d&amp;rsquo;une exponentielle
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;99% des sols suisses touchés par la
&lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/10/en-europe-occidentale-une-secheresse-exceptionnelle-qui-pese-sur-les-activites-humaines-et-les-ecosystemes_6743010_3244.html&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;sécheresse&lt;/a&gt; en juillet, c&amp;rsquo;est un début d&amp;rsquo;été le plus chaud jamais enregistré
en Europe occidentale, Rhin et Danube à des débits historiquement bas, incendies massifs de part et d&amp;rsquo;autre.
Les données de Copernicus ne sont pas militantes: elles sont physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème n&amp;rsquo;est pas que les choses vont mal.
C&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;elles vont mal de plus en plus vite — et que nos institutions sont conçues pour répondre à des variations linéaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;exponentielle est une courbe traître: au début, elle ressemble à une ligne plate.
On la regarde et on se dit « ça va, ça monte doucement ».
Puis brusquement, elle se verticalise, et il est trop tard pour réagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les données montrent que nous sommes exactement dans la partie de la courbe qui commence à se redresser.
Les &lt;a href=&#34;https://baug.ethz.ch/en/news-and-events/news/2026/06/swiss-glaciers-have-exhausted-their-snow-reserves.html&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;glaciers suisses&lt;/a&gt;
ont perdu 10% de leur volume entre 1990 et 2000 — sur 10 ans, ça paraît gérable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2015 et 2025, ils en ont perdu 24% — en dix ans.
Ce n&amp;rsquo;est pas une augmentation linéaire, c&amp;rsquo;est une accélération.
Et chaque perte amplifie la suivante: moins de glace, moins d&amp;rsquo;albédo, plus de chaleur absorbée, plus de fonte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points de bascule ne fonctionnent pas en isolation — ils se déclenchent en cascade.
L&amp;rsquo;affaiblissement de &lt;a href=&#34;https://interactive.carbonbrief.org/amoc-explainer/index.html&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;l&amp;rsquo;AMOC&lt;/a&gt;
modifie les précipitations amazoniennes, qui peuvent basculer la forêt de puits à source de CO₂,
qui accélère le réchauffement, qui accélère tout le reste.
es océans qui absorbent de moins en moins de carbone ne sont pas un problème additionnel
— c&amp;rsquo;est un multiplicateur de tous les autres problèmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;OFAE, le Conseil fédéral, la politique agricole suisse sont tous calibrés sur l&amp;rsquo;hypothèse que les changements sont graduels
et réversibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On s&amp;rsquo;adaptera progressivement. » Cette phrase n&amp;rsquo;a de sens que dans un monde linéaire.
Dans un monde exponentiel, « progressivement » veut dire « trop tard ».&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;les-glaciers-suisses-ne-sont-pas-des-ornements-du-paysage-suisse&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#les-glaciers-suisses-ne-sont-pas-des-ornements-du-paysage-suisse&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Les glaciers suisses ne sont pas des ornements du paysage suisse
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Source nécessaire pour l&amp;rsquo;agriculture estivale, l&amp;rsquo;eau potable de centaines de communes.
Ces glaciers ont perdu 38% de leur volume depuis 2000, avec une accélération mesurée: -24% entre 2015 et 2025.
Le glacier de Bella Tola, à 3&#39;025 m, a disparu en cinq ans.
Les réserves de neige étaient épuisées dès le 29 juin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;rapports-du-giec-et-non-linéarité&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#rapports-du-giec-et-non-lin%c3%a9arit%c3%a9&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Rapports du GIEC et non linéarité
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les modèles du GIEC sous-estiment structurellement les points de bascule non linéaires.
L&amp;rsquo;AMOC pourrait s&amp;rsquo;affaiblir de 50% d&amp;rsquo;ici 2100 selon une étude de Science Advances (2026),
avec un risque d&amp;rsquo;effondrement irréversible estimé à ~50% par Stefan Rahmstorf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#34;https://www.pik-potsdam.de/en/news/latest-news/land-and-ocean-carbon-sinks-weakening-and-other-new-insights-from-climate-science&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;océans&lt;/a&gt;,
eux, voient leur capacité d&amp;rsquo;absorption du CO₂ dangereusement diminuée — le puits de carbone le plus grand de la planète se dégrade
plus vite que prévu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points de bascule vont très probablement arriver, sans que l&amp;rsquo;on puisse déterminer s&amp;rsquo;il sont déjà en cours,
s&amp;rsquo;il arriveront dans 5 ans, ou dans 30 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu&amp;rsquo;il faut comprendre sur ces points de bascule, c&amp;rsquo;est leur rapport irréversible à l&amp;rsquo;échelle humaine.
Aucune technologie ne pourra corriger ces événements.
C&amp;rsquo;est comme traverser un dépôt de feux d&amp;rsquo;artifices en ayant une allumette allumée en main et espérer
que cela ne s&amp;rsquo;enflammera pas pendant qu&amp;rsquo;on le traverse, en sachant que cette allumette, on la transmet à ses enfants,
qui, eux aussi, vont traverser le dépôt, avec un environnement d&amp;rsquo;autant plus détonnant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;lofae--linstitution-suisse-invisibilisée-et-pourtant-fondamentale&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#lofae--linstitution-suisse-invisibilis%c3%a9e-et-pourtant-fondamentale&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    L&amp;rsquo;OFAE — L&amp;rsquo;institution suisse invisibilisée, et pourtant fondamentale
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://www.bwl.admin.ch/fr/produits-stockes&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;L&amp;rsquo;Office fédéral&lt;/a&gt;
pour l&amp;rsquo;approvisionnement économique du pays gère 690&#39;690 tonnes de
&lt;a href=&#34;https://www.reservesuisse.ch/reserves-obligatoires?lang=fr&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;réserves alimentaires&lt;/a&gt; —
pour 2-4 mois de couverture par habitant.
Le pétrole a droit à 4,5 mois (CARBURA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est le filet de sécurité suisse face à un effondrement de chaîne d&amp;rsquo;approvisionnement: calibré pour un monde qui n&amp;rsquo;existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;h4 id=&#34;ce-quon-importe--et-ce-quon-absorbe-avec&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#ce-quon-importe--et-ce-quon-absorbe-avec&#34;&gt;
        ###
    &lt;/a&gt;
    Ce qu&amp;rsquo;on importe — et ce qu&amp;rsquo;on absorbe avec
&lt;/div&gt;
&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La Suisse importe 15,5 milliards de francs de produits agricoles par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#34;https://www.teamfrance-export.fr/fiche-marche/produits-alimentaires/produits-vegetaux/CH&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;France&lt;/a&gt;,
3e fournisseur agricole, livre précisément les produits (blé, pâtes, pommes de terre)
que l&amp;rsquo;ANSES identifie comme vecteurs d&amp;rsquo;une exposition au cadmium 3 à 4 fois supérieure à la moyenne européenne.
La dépendance n&amp;rsquo;est pas seulement quantitative — elle est
&lt;a href=&#34;https://www.global-agriculture.com/crop-protection/european-apples-found-contaminated-with-multiple-pesticide-residues-pan-europe-study/&#34; target=&#34;_blank&#34; rel=&#34;noopener noreferrer&#34;&gt;toxique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;le-cadre-mental-qui-empêche-de-voir&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#le-cadre-mental-qui-emp%c3%aache-de-voir&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Le cadre mental qui empêche de voir
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme requiert une croissance matérielle infinie sur une planète finie,
externalise les coûts environnementaux et sanitaires, pense au trimestre tandis que les points de bascule fonctionnent
au siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Parmelin dit que 70% d&amp;rsquo;autosuffisance est « irréaliste », il ne fait pas un constat technique,
il exprime l&amp;rsquo;impossibilité structurelle d&amp;rsquo;un cadre libéral à intégrer les contraintes biophysiques de l&amp;rsquo;Anthropocène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia Steinberger, professeure à l&amp;rsquo;Université de Lausanne depuis 2020,
auteure principale du 6ᵉ rapport du GIEC (Groupe de travail III, trajectoires d&amp;rsquo;atténuation),
spécialiste de l&amp;rsquo;économie écologique et de la décroissance.
Elle explique que le Holocène — la fenêtre climatique stable de ±1°C qui a permis l&amp;rsquo;agriculture
et la civilisation humaine durant 12&#39;000 ans — appartient désormais au passé.
Les températures globales sont déjà à environ 1,2°C au-dessus de cette base, et le scénario actuel pointe vers 3,2°C.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;mutualiser--non-pas-par-idéologie-par-nécessité&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#mutualiser--non-pas-par-id%c3%a9ologie-par-n%c3%a9cessit%c3%a9&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    Mutualiser — non pas par idéologie, par nécessité
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Face à des enjeux systémiques planétaires, le « chacun fait ce qu&amp;rsquo;il veut » est mort.
Les marges sont consommées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutualisation n&amp;rsquo;est pas un choix parmi d&amp;rsquo;autres — c&amp;rsquo;est une réponse fonctionnelle à un risque existentiel,
comme l&amp;rsquo;a été le Plan Wahlen en 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire à vie de Bernard Friot est un instrument pour rendre cette mutualisation socialement vivable:
il découple la sécurité économique de l&amp;rsquo;emploi spécifique et permet la réaffectation massive du travail
sans catastrophe sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h4 id=&#34;pas-de-manuel-pas-de-dictature--un-chantier-démocratique&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#pas-de-manuel-pas-de-dictature--un-chantier-d%c3%a9mocratique&#34;&gt;
        ###
    &lt;/a&gt;
    Pas de manuel, pas de dictature — un chantier démocratique
&lt;/div&gt;
&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le salaire à vie n&amp;rsquo;est pas « ready-to-run » — et c&amp;rsquo;est précisément pour ça qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;est pas totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un modèle social entièrement pré-conçu avant sa mise en œuvre serait anti-démocratique.
Les niveaux de salaire, les besoins essentiels, les chantiers prioritaires:
c&amp;rsquo;est le cœur du débat politique, pas un obstacle à son démarrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Suisse a les échelles — communes, cantons, confédération — pour expérimenter, comparer et généraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;AVS n&amp;rsquo;est pas sortie d&amp;rsquo;un manuel en 1948 non plus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;la-responsabilité-détat-face-à-leffondrement&#34; &gt;
&lt;div&gt;
    &lt;a href=&#34;#la-responsabilit%c3%a9-d%c3%a9tat-face-%c3%a0-leffondrement&#34;&gt;
        ##
    &lt;/a&gt;
    La responsabilité d&amp;rsquo;État face à l&amp;rsquo;effondrement
&lt;/div&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;État suisse a l&amp;rsquo;obligation constitutionnelle d&amp;rsquo;assurer l&amp;rsquo;approvisionnement (art. 102 et 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les données scientifiques montrent que les supply chains sont structurellement menacées.
L&amp;rsquo;État ne prend pas les mesures de transformation nécessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux étapes: honnêteté intellectuelle — admettre qu&amp;rsquo;il faut mutualiser — et stratégie de chantier — construire,
expérimenter, itérer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;alignement avec la réalité n&amp;rsquo;est plus une option parmi d&amp;rsquo;autres. C&amp;rsquo;est la condition de survie.&lt;/p&gt;
</content:encoded>
      
      <category>suisse</category>
      
      <category>ofae</category>
      
      <category>climat</category>
      
      <category>giec</category>
      
      <category>politique</category>
      
      <category>social</category>
      
      <category>cadmium</category>
      
      
      <category>suisse</category>
      
      <guid isPermaLink="true">/posts/27sept/</guid>
    </item>
    
  </channel>
</rss>
